Incendies

Ceux qui ravissent le sang à ces heures profanes, ceux qui abondent d’alacrité au seuil d’automnes moribonds…

Et le feu du foyer qui prend aux rideaux des fenêtres, et le chant du loup débusqué dans les taillis…

Traces de pas emportées par le vent, plus mortelles et plus vraies que l’effort de mémoire…

Et l’incendie qui consume le radeau, et la mouette rieuse sur le fanal à l’entrée du port…

Publicités

Encore et pareil

L’organe de nos mains porté à vos tempes, crécerelles d’un cri d’espoir et d’amour.

Et le verbe lié à la constatation de ce qui vit et tremble dans la dernière flamme du soir,

au moment où le souffle dernier emporte le feu par-delà l’aire des pierres miraculeuses.

C’est ici que tout commence,

C’est ici que tout fini

Déserts de la salive

Ô déserts de la salive, nulle route à l’horizon, pas même un fantôme de sentier où poser la langue révolue en mille contorsions.

Et la clameur des hommes et la danse des femmes, et le désir du sang de dire tout haut que l’on vit…

Ô déserts de la salive, les voix sont à tapir sous un manteau moussu de friches et de silence corrompu au pas lents des bêtes entremêlées.

Ô déserts de la salive qui n’est déjà plus dans la naissance du cri, dans l’accouchement de la nuit.

La terre, la mer, le ciel et tout sentiment pur perdu dans l’infini de l’ouverture.

Et ces mots, plus silencieux et frères de la parole, ne tiendront pas plus longtemps qu’elle dans la chair de l’esprit.

Faire et défaire

Calcineur de mondes sous la plante de tes pieds !

Les hommes sacrifient à tes mânes les plus belles brebis de leur été.

Aux sacrificateurs, les mains pleines d’épices chaudes.

 

Ô foudroyeur d’idoles au seuil des maisons !

Ô faiseur d’enclumes pour y fendre le marteau !

A la magie des siècles, le sang y domine.

L’odyssée a couvé des ailes.

Garde des passages, des ruelles sans fond, des chemins ensablés !

 

Aux sacrificateurs, les mains pleines de graines chaudes.

A l’aube, les hordes se taisent pour écouter le chant du vent.

 

Montre la lune qui se couche et tu auras tout dit.

Bâtisseur de fosses communes où naît la pluie !

 

Calcineur de mondes sous la plante de tes pieds !

Planteur de réglisse aux coteaux des soleils, sur la lave muette des os.

Les racines des tours s’en prennent à nous ; la terre jouit du vent.

 

Montre la lune et tu n’auras encore rien dit.

La pagode s’enfle et se vide, le reflux chemine sur la voie du vrai.

 

Pars et que personne, jamais plus personne ne t’accueille sur son seuil.

Dans l’horizon se noie l’oubli ! Il faudra y sombrer…

Nuit blanche par les rues

Dormir, dormir de ce sommeil qui me manque… Ne rien faire que dormir et puis sombrer dans la nuit où le rêve, à moitié endormi, ouvre un œil bleu de réverbère.

Œil bleu de nuit, posé sur ma tête et sur mon esprit, pris dans la sève de nos manières vides, de nos gestes affranchis de toute vérité, dans nos  regards évidés…

Que le sommeil vienne et que toi, qui dors, alanguie dans l’attitude d’un fauve, tu me touches de tes doigts nocturnes…

Dormir, dormir jusqu’à ce que je ressente ton manque… Somnolences des sphinx, mystères qui s’ouvrent comme des fleurs de verre ;

Angoisse du sommeil, terreur de la ville qui n’est jamais nuit, nuit noire, nuit chargée d’étoiles et de toiles pour le rêve ; nuit paradoxale tellement la nuit que je vis m’est étrange et étrangère.

Clameurs des merles qui se ruent à la nuit tombante, marée et reflux des images du jour, englouties sous des chapes de charbons, au fond, si profond que l’âme si renie.

Toi, tu règnes au cœur de l’obscur, monde d’instincts, dernière souche de vie, dans cette lumière usante de la ville…